Failaddict
« J’ai l’impression que tu t’attaches à reproduire ce que tu passes ton temps à décrier ». Poum, prends ca dans la gueule, une phrase qui est surement vraie, vu qu’elle raisonne encore. Pas souvent parlé avec cet homme, finalement, j’ai grandi avec lui, sans doute refusé beaucoup de ce qu’il voulait m’apporter mais au final, je n’avais jamais vraiment discuté de choses profondes et sérieuses. Et hier soir, après une crise comme j’en avais pas fait depuis longtemps, il m’a appelé et il m’a sorti cette phrase, comme un couperet, gentiment, mais il l’avait dit.
Reproduire quoi alors ? La dépendance, le manque total d’autonomie des hommes dans ma famille du côté paternel. Oui, a 60 berges mon père est retourné vivre chez sa mère, il aurait Alzheimer soit disant, ce qui est peut être vrai, mais le fait est là, il fait comme son père, il tombe malade jeune et à défaut d’avoir une femme de qui devenir dépendant, il va chez sa mère.
Et moi quelques mois plus tard ? Pareil… Sous le prétexte d’une dépression, réelle aussi, je retourne chez ma mère. Et je reste là, à ne pas pouvoir aller bosser, a ressasser mon angoisse, mes peurs, mes souffrances…
Mais au final, que pourrait représenter cette volonté de dépendance, de non choix ? Ce qu’il s’est passé ce lundi soir, où j’ai passé 5 heures à pleurer pratiquement non stop, en m’arrêtant à peine pour pisser (car l’adage qui dit ‘pleure tu pisseras moins’, c’est faux hein), c’est que je m’apercevais que ma vie jusqu’à présent, n’était composée pratiquement que d’échecs volontaires. Oui, volontaires. Le refus de faire ce qui aurait pu me plaire, ce qui aurait pu me faire réussir. Le théâtre, arrêté alors que tous mes profs et amis me conseillait de continuer ; les études, où j’ai fait en sorte de raté mon année, mon boulot, que j’ai choisi par raison, sans aucune envie de me retrouver là… j’en passe sans doute…
Et alors, que faire de ce constat ? Constater que je suis un failaddict, que comme Sanseverino dans le swing du nul, tout ce que j’entreprends finit par rater ? Comme me le disait cet homme hier soir, il n’y a pas de petite réussite, chaque fois que tu souhaite quelque chose, et que tu y arrives, c’est une victoire. Certains ont besoin de devenir ministre pour se sentir réussir, d’autres de construire une maison. Et moi ? De quoi ai-je envie ? Que devrais-je faire pour être bien ?
Là est la vraie question, car au-delà du constat d’échec, qui est ce qu’il est, il faut me demander ce que je veux faire, qui je veux devenir…